Mon premier contact avec la Bible remonte à mes dix ans environ. Un de mes amis, dont le père était pasteur si ma mémoire est bonne, m'avait offert une édition du nouveau testament. Ce n'est que quelques années plus tard que je me suis fixé l'objectif de lire la Bible dans son entièreté. « Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'oeil de ton frère. » Comment vous expliquer la décharge électrique qui me parcourt le corps lorsque ma pupille découvre ces mots attribués à Matthieu ? La conviction que je venais de toucher à quelque chose de bien plus grand que moi et la force avec laquelle je pris la résolution de devenir une meilleure personne n'avaient d'égal que mon désir brûlant de crier au monde ces mots si lourds de sens. Je me promenais dans ma chambre, les Saintes Écritures à la main, en déclamant haut et fort ces versets si prenants. Je venais de trouver ma vocation. À cette époque, j'ignore si mes parents ont pensé que j'allais me tourner vers la prêtrise… Une chose état certaine : j’avais trouvé ma voie et j’allais passer ma vie sur scène à dire des choses avec toute mon âme et mon cœur devant un public. J’avais et j’ai toujours la foi… Et comme la vie prend parfois de jolis détours, ce n’est pas ma voix qui résonnera ce soir sur scène mais celles des 17 interprètes qui se prêteront au jeu et vous livreront ce texte tiré du scénario de Denys Arcand.
« Ce n’est pas un hasard si vous jouez sur une montagne… »
À ma sortie de «Bluff», la dernière production du Théâtre de l’Indéfini, je me suis demandé : si l’on m’offrait de faire la mise en scène d’une œuvre cinématographique, sur quel film jetterais-je mon dévolu ? La réponse vint subitement. Le choc ressenti lors du visionnement de Jésus de Montréal en 1989m’a si profondément marqué que plusieurs répliques ont fait et font encore partie de mon langage quotidien. Le texte n’a pas vieilli d’une virgule et l’analyse presque anthropologique qu’Arcand fait de la société québécoise est toujours aussi virulante et caustique.
« Ils ont rajouté des choses dedans, mais quoi ? »
Denys Arcand écrit dans la préface du scénario de Jésus de Montréal : « J'avais envie de faire un film tout en allant de la comédie loufoque au drame le plus absurde, à l'image de la vie autour de nous, éclatée, banalisée, contradictoire. » De ce film mordant est né cette pièce qui, je l’espère, sera fidèle à l’esprit de son créateur. J’ai voulu parler du métier que j’aime et que je remets souvent en question lorsque je ne décroche pas de rôle. De notre façon de vouloir une société laïque à tout prix alors que rôde en nous un judéo-christianisme latent qui ne demande qu’à accommoder son prochain. De notre rapport avec la mort, la réussite, de la difficulté à dire simplement :« Je suis et j’aime. »
« Sauve-toi, Jésus…»
Je crois que la copie de ma Bible repose encore dans la bibliothèque familiale parmi un dictionnaire encyclopédique, un casque de moto, des Pif-Gadgets, des balles de tennis, une horloge et quelques jeux de société défraîchis. Que la paix soit avec vous tout au long de la représentation. Bon spectacle.